Retour

Brand book, charte graphique, guidelines : quel document pour quoi

Un brand book réunit dans un seul document ce qu'est une marque et la façon de l'appliquer : sa stratégie, son identité visuelle et sa façon d'écrire. La charte graphique n'en couvre qu'une partie, les règles des signes visuels. Les « brand guidelines », ou règles de marque, désignent la partie qu'un prestataire doit pouvoir appliquer sans poser de question. Le bon document se choisit selon la personne qui va le lire.

Qu'est-ce qu'un brand book ?

Un brand book est le document de référence d'une marque. Il dit pourquoi elle existe, à qui elle parle, à quoi elle ressemble et comment elle s'exprime. Il sert à toute personne qui produit quelque chose au nom de la marque : un salarié, une agence, un imprimeur, un développeur.

Le terme anglais domine en France. « Brand book » compte environ 1 300 recherches Google par mois, « livre de marque » 170 et « guide de marque » 40 (Google Ads, octobre 2026). On parle aussi de bible de marque. Ces expressions désignent le même document.

Le principe a plus de 50 ans. En 1970, Massimo Vignelli et Bob Noorda, du cabinet Unimark, remettent au métro de New York un manuel de normes graphiques pour toute sa signalétique. En 1975, l'agence Danne & Blackburn livre à la NASA un manuel du même type pour son nouveau logo, surnommé le « worm », le ver. Ces 2 classeurs à anneaux ont été réédités en 2014 et en 2015, grâce à des campagnes de financement participatif. Celle du métro de New York a dépassé 5 fois son objectif de 108 000 dollars. La NASA a abandonné le « worm » en 1992, puis l'a remis en service en novembre 2023, à côté de son logo principal.

Quelle différence entre une charte graphique et un brand book ?

La charte graphique règle les signes visuels : le logo et ses versions, les couleurs et leurs codes, les polices, les images, la mise en page. Son nom technique est « cahier des normes graphiques ». C'est un document de travail, écrit pour que chaque production se ressemble, quel que soit l'intervenant. Le détail de son contenu, livrable par livrable, est dans l'article Identité visuelle : ce qu'elle contient, livrable par livrable.

Le brand book ajoute 2 couches à la charte graphique. En amont, la plateforme de marque : la mission, le positionnement, les valeurs. À côté, la façon d'écrire : le ton, le vouvoiement ou le tutoiement, les mots exclus. Une charte graphique répond à la question « à quoi ressemble la marque ? ». Un brand book répond aussi à « pourquoi existe-t-elle ? » et à « comment parle-t-elle ? ».

Un brand book contient 3 documents : la plateforme de marque (pourquoi), la charte graphique (à quoi la marque ressemble) et la charte éditoriale (comment elle parle). À part, les guidelines : ce qu'un tiers applique seul.
Exuno, les documents d'une marque

Les mots se recouvrent et chaque éditeur les classe à sa façon. Frontify, qui vend un logiciel de gestion de marque, en distingue 4 dans son guide en ligne. Les brand guidelines y forment la référence complète, visuelle, verbale et stratégique. Le style guide, ou guide de style, se limite à l'écriture. Le brand book y est présenté comme le terme ancien, souvent un PDF figé. Le design system, ou système de conception, décrit les composants d'une interface, prêts à être codés. En France, les pages les mieux placées sur Google emploient au contraire « brand book » comme terme général. L'usage du document compte plus que son nom.

Que veut dire « brand guidelines » ?

« Brand guidelines » se traduit par « règles de marque ». Le terme désigne la partie applicable du brand book : ce qu'on peut faire avec le logo, les couleurs et les textes, puis ce qu'on ne peut pas faire. En France, la requête compte environ 720 recherches mensuelles. Ses 1ers résultats Google sont presque tous en anglais.

Les guidelines les plus précises sont souvent écrites pour des personnes extérieures à l'entreprise. Spotify en publie pour les développeurs qui intègrent ses contenus dans leur application. Le logo s'y emploie en entier, l'icône avec le nom, jamais le nom seul. Une marge vide égale à la moitié de la hauteur de l'icône l'entoure. Sa taille minimale est de 70 pixels à l'écran et de 20 millimètres à l'impression. Les pochettes d'album ne se recadrent pas et ne reçoivent ni texte ni logo. Chaque règle est chiffrée, parce que le développeur n'aura personne à qui demander.

Le même test vaut pour un brand book : une personne qui ne connaît pas la marque doit pouvoir produire un visuel juste sans appeler qui que ce soit.

Faut-il un seul document ou plusieurs ?

Un seul document suffit tant que la marque est jeune et change peu. Il devient lourd quand certaines règles bougent chaque mois et d'autres jamais. Le découpage se fait alors selon le rythme de mise à jour de chaque partie.

L'État français a fait ce choix. La marque de l'État, présentée en février 2020 et publiée par le Service d'information du Gouvernement, se compose de 3 chartes. La charte graphique fixe le bloc-marque, la typographie Marianne et les couleurs. La charte des grands principes rédactionnels fixe le ton et le vocabulaire. La charte des réseaux sociaux règle le nom des comptes, leur certification et leur sécurité.

Flyius, courtier en location de jets privés, un projet d'Exuno mené en 2026, suit le même découpage. Ses 3 documents comptent environ 14 000 mots au total. Le document de marque, environ 4 150 mots, réunit le positionnement et l'identité visuelle. La charte éditoriale, environ 3 750 mots, fixe la façon d'écrire. Ces 2 documents ne changent qu'à la marge. La charte sociale, environ 6 000 mots, règle chaque format des réseaux sociaux et évolue avec les résultats des publications. Séparer les 3 évite de rouvrir le document de marque à chaque ajustement d'un format Instagram.

La marque de l'État (2020) et Flyius (2026) ont chacune 3 documents : graphique ou marque, écriture, réseaux sociaux. Chez Flyius, 4 150, 3 750 et 6 000 mots. Les 2 premiers changent peu, celui des réseaux évolue.
Service d'information du Gouvernement, marque de l'État. Flyius, documents de marque, 2026

La façon d'écrire peut même vivre seule, en public. Mailchimp publie en ligne son guide d'écriture : la voix et le ton, la grammaire, les mots à employer, l'accessibilité. Il est écrit pour ses salariés. Sa licence Creative Commons permet à d'autres équipes de l'adapter, sans usage commercial, en citant Mailchimp.

Pourquoi une marque perd-elle sa cohérence après le lancement ?

Une marque perd sa cohérence quand ses règles ne quittent pas le dossier où elles ont été écrites. Un nouveau prestataire reprend alors le logo depuis une capture d'écran, choisit la couleur à l'œil, prend une police proche. Chaque écart est faible. Les écarts s'additionnent.

Chez Flyius, l'ancienne pratique avait produit 5 géométries différentes du même logo. Le logo et le nom étaient réunis dans des fichiers refaits au fil des besoins. Aucun fichier ne faisait foi. La nouvelle identité a séparé le logo du nom et fixé une règle chiffrée pour les poser côte à côte.

Dans l'agence où j'ai travaillé avant Exuno, le manque le plus fréquent au début d'un lifting de marque était toujours le même : les fichiers sources du logo et la charte. Sans eux, le travail commence par reconstruire ce qui existe avant de pouvoir le faire évoluer.

L'État a connu le même problème à une autre échelle. Avant 2020, un logo commun existait depuis la fin des années 1990, sans être imposé partout. Certains ministères ajoutaient le leur sous celui de la République. La charte de 2020 part d'un constat : les citoyens avaient du mal à identifier l'action publique. Le bloc-marque est désormais commun à toutes les entités de l'État. Aucune ne crée plus son propre logo.

Une règle écrite ne suffit pas à tenir une marque. Elle permet en revanche de mesurer un écart. Dans le lifting d'une enseigne de restauration mené par Exuno, une règle fixe que la signature, la ligne de texte qui accompagne le logo, ne dépasse jamais la largeur du logo. Sur la 2e version du set de table, la signature dépassait de 6 %. L'écart a été mesuré, puis corrigé à la version suivante.

Quel document remettre à un prestataire ?

Un prestataire a besoin de 3 choses : les fichiers, les règles et des exemples. Un brand book de 80 pages sans les fichiers sources ne lui sert à rien. Un dossier de logos sans règle le laisse deviner.

Les fichiers d'abord : le logo en vectoriel, SVG ou PDF, dans chacune de ses versions, les codes de chaque couleur pour l'écran et pour l'impression, les polices avec leurs licences. Ensuite les règles : la zone de protection autour du logo, sa taille minimale, les contrastes entre texte et fond, le choix des images, le ton. Enfin les exemples : des applications réussies et des fautes barrées. La charte de Flyius montre 8 fautes, telles qu'elles se produisent. Une faute montrée se repère plus vite qu'une règle lue.

Ce qu'un prestataire doit recevoir : des fichiers (logo vectoriel dans chaque version, codes couleurs, polices et licences), des règles (zone de protection, taille minimale, contrastes, images, ton) et des exemples (applications justes, fautes barrées), dans 1 seul dossier qui fait foi.
Exuno, ce qui se remet à un prestataire

Un seul dossier doit faire foi. Quand plusieurs versions d'un même brand book circulent par e-mail, le prestataire prend la plus récente qu'il trouve, qui n'est pas toujours la bonne.

Quel document pour quel besoin ?

Chaque document a ses lecteurs et son rythme. Le tableau les résume.

DocumentCe qu'il règleQui le litMise à jour
Plateforme de marquemission, positionnement, valeursla direction, le studio, les agencesrare
Charte graphiquelogo, couleurs, polices, images, mise en pagegraphistes, imprimeurs, développeursà chaque nouvelle version du logo
Charte éditorialeton, vocabulaire, mots exclusrédacteurs, équipe commercialerare
Charte socialecodes de chaque format des réseaux sociauxgestionnaires des réseaux, monteursfréquente, selon les résultats
Brand guidelinesrègles d'usage applicables par un tiersprestataires, partenairesà chaque nouvel usage
Brand bookl'ensemble, en un documenttoute personne qui produit au nom de la marquequand une partie change

Une PME qui lance sa marque n'a pas besoin des 6. Un brand book court, avec la plateforme, la charte graphique et le ton, plus un dossier de fichiers rangé, couvre l'essentiel. La charte sociale vient quand la marque publie chaque semaine.

Un brand book se juge le jour où quelqu'un d'autre s'en sert.

Le travail de marque d'Exuno est présenté sur la page Marque. Ma messagerie est ouverte : WhatsApp.

Sources

Wikipédia, « Charte graphique », page modifiée le 15 septembre 2026, lue le 21 octobre 2026 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_graphique

Marta Elliott, « Get a Reissue of the Famous 1970 NYC Subway Graphics Standard Manual via Kickstarter », Untapped New York, 15 septembre 2014 : https://untappedcities.com/2014/09/15/get-a-reissue-of-the-famous-1970-nyc-subway-graphics-standard-manual-via-kickstarter/

Standards Manual, « NASA Graphics Standards Manual », réédition de 2015, page lue le 21 octobre 2026 : https://standardsmanual.com/products/nasa-graphics-standards-manual

Elizabeth Gamillo, « NASA brings back retro 'worm' logo from the 1970s », Astronomy, 8 novembre 2023 : https://www.astronomy.com/space-exploration/nasa-brings-back-retro-worm-logo-from-the-1970s/

Frontify, « Brand guidelines: what they are, what to include, and how to create them », guide en ligne lu le 21 octobre 2026 : https://www.frontify.com/en/guide/brand-guidelines

Spotify for Developers, « Design & Branding Guidelines », page lue le 21 octobre 2026 : https://developer.spotify.com/documentation/design

Service d'information du Gouvernement, « Marque de l'État », info.gouv.fr, publiée le 28 février 2024, modifiée le 5 février 2026 : https://www.info.gouv.fr/marque-de-letat

Service d'information du Gouvernement, « Charte graphique : Introduction », info.gouv.fr, modifiée le 20 octobre 2025 : https://www.info.gouv.fr/marque-de-letat/charte-graphique-introduction

Maire-info, « L'État renouvelle totalement sa communication visuelle », 26 février 2020 : https://www.maire-info.com/letat-renouvelle-totalement-sa-communication-visuelle-article2-23925

Mailchimp, « Mailchimp Content Style Guide », lu le 21 octobre 2026 : https://styleguide.mailchimp.com/

Volumes de recherche : Google Ads, via DataForSEO, France, relevé du 21 octobre 2026.