Cahier des charges de site internet : ce qu'un studio doit y trouver
Un cahier des charges de site internet dit d'abord pourquoi le site change, ce qu'il doit obtenir et ce que la marque promet. Les pages, les fonctions et la technique viennent après. Un studio qui reçoit le document y cherche en premier l'objectif principal du site. Il cherche ensuite les textes et les photos, puis le nom de la personne qui valide. C'est là que la plupart des cahiers des charges sont vides.
Les modèles à télécharger ne manquent pas. Ils sont écrits pour un développeur et réduisent la marque au logo et aux couleurs. Cet article prend l'autre côté du document : celui qui le lit pour concevoir le site.
Qu'est-ce qu'un cahier des charges de site internet ?
Le cahier des charges de site internet est le document qui décrit le site à faire avant de consulter un prestataire. France Num, le service de l'État pour le numérique des petites entreprises, le présente aussi comme la référence en cas de désaccord pendant le projet. Ce qui n'y est pas écrit se discute après coup, au moment où chaque changement coûte.
Le mot recouvre 2 documents de taille très différente. L'agence Digidop distingue le brief, 1 à 2 pages envoyées à quelques agences pour les consulter, du cahier des charges complet, qui sert ensuite de base au contrat. Pour un site vitrine de PME, La Fabrique du Net parle de 5 à 10 pages. Les 12 modèles recensés par France Num font de 6 à 18 pages. Tous ont été mis en ligne entre 2017 et 2021 par des prestataires techniques. Le brief, lui, est détaillé dans l'article Brief créatif : ce que le studio lit en premier et ce qui manque toujours.
La longueur importe moins que le destinataire. Un article de Siècle Digital, sponsorisé par l'agence Kaliop, le dit bien : une entreprise de services numériques attend des spécifications techniques, une agence de communication regarde d'abord les messages et le design attendu. Un même cahier des charges ne se lit donc pas de la même façon chez un développeur et chez un studio de création.
Que lit un studio en premier dans un cahier des charges ?
Un studio lit d'abord l'intention : ce que le site doit obtenir. Dans l'agence où j'ai travaillé avant Exuno, c'était la première chose que je cherchais. C'était aussi la plus souvent absente. Le client demandait un site en citant 2 ou 3 sites qu'il aimait. Il avait entendu qu'il fallait un site, comme il avait entendu qu'il fallait être sur les réseaux sociaux. Il ne savait pas encore à quoi le sien servirait.

Ce n'est pas un reproche. Le web n'est pas son métier. C'est au prestataire de poser la question et de ne pas avancer sans réponse.
Les réponses possibles construisent des sites différents. Un site qui présente la maison peut tenir en quelques pages épurées. Un site qui doit faire venir des demandes de devis s'organise autour du formulaire et de ce qui rassure avant de l'envoyer. Un site qui vend en ligne se construit sur le chemin jusqu'au paiement. Un site qui recrute des abonnés à une lettre d'information met cette inscription partout. Ces sites n'ont ni le même plan ni le même prix.

France Num conseille d'écrire l'objectif en chiffres et en donne des exemples : 30 % de demandes de contact en plus, 50 ventes en ligne par mois, 20 % d'appels répétitifs en moins au standard. Un objectif chiffré tranche à la place du prestataire. « Un site moderne » ne tranche rien.
Viennent ensuite 2 informations que le studio cherche avant de dessiner quoi que ce soit : le budget et la personne qui décide. Digidop conseille de donner au moins une fourchette de budget. France Num recommande d'y garder une réserve de 15 à 20 % pour les imprévus. La personne qui décide, elle, se nomme. Un site validé par un responsable marketing puis refusé par le dirigeant à la dernière étape repart de loin.
Que doit dire le cahier des charges sur la marque ?
Le cahier des charges dit ce que la marque promet, à qui, sur quel ton, ce qui ne bouge pas et ce qui peut évoluer. Les pages qui arrivent en tête de Google sur cette requête s'arrêtent presque toutes au logo, aux couleurs et aux polices. HubSpot est l'une des rares à demander, dans l'inventaire de l'existant, les éléments de la plateforme de marque. Manager Go prévoit une ligne « positionnement de la marque » dans son tableau type.
Une ligne ne suffit pas à un studio. La promesse décide de ce qui s'affiche en haut de la page d'accueil, le ton de chaque titre du site. Ce qui ne bouge pas fixe ce que le studio n'a pas le droit de toucher. Si ces décisions manquent, le studio les prend quand même, maquette après maquette. Elles deviennent alors la marque par défaut. L'article Refonte de site internet, refonte de marque : dans quel ordre détaille les 5 décisions de marque à fixer avant d'écrire le cahier des charges.
Le problème que j'ai le plus souvent rencontré est plus terre à terre : les fichiers. Une entreprise veut refaire son site en gardant sa charte. La charte a été créée plusieurs années plus tôt, par un prestataire parti depuis. Les fichiers sources de Photoshop ou d'InDesign ont disparu, comme les codes des couleurs et le nom des polices. Il reste un logo en basse définition et une plaquette imprimée. Le studio doit alors reconstruire une charte qui n'existe plus, avant même de commencer le site.
Le cahier des charges liste donc les fichiers disponibles et leur format : logo en vectoriel ou non, codes des couleurs, polices et licences. S'ils sont perdus, il le dit. La reconstruction est un travail à part, qui se chiffre. L'article Identité visuelle : ce qu'elle contient, livrable par livrable détaille les fichiers qu'une identité livrée doit comprendre.
Qui écrit les textes du site et quand ?
Les textes et les photos du site se décident dans le cahier des charges, avec un nom et une date pour chacun. Dans l'agence où j'ai travaillé avant Exuno, ils manquaient presque toujours. Le client ne les avait pas prévus et ils étaient difficiles à obtenir une fois le projet lancé. Pour livrer un site présentable, l'agence posait des textes provisoires et des images d'attente. Le site était élégant. Il ne disait presque rien de l'entreprise.
Les retards venaient surtout de là. De mémoire, environ 1 projet sur 2 prenait du retard faute d'informations : le dirigeant n'était pas disponible ou les éléments promis n'arrivaient pas. Cet ordre de grandeur vient des projets que j'ai suivis. Il n'a jamais été mesuré.
Le top 10 de Google traite le sujet en une question : qui fournit les textes ? Nielsen Norman Group, un cabinet américain de référence sur l'ergonomie des sites, le traite comme une décision à part entière. Une stratégie de contenu dit à quoi sert chaque contenu, qui le possède, qui le crée et qui l'entretient, sous quelle forme et sur quel ton. Elle précède la rédaction. Le cabinet note que beaucoup d'organisations traitent encore le contenu comme un détail et privilégient l'interface.
Dans un cahier des charges de PME, cette décision tient en quelques lignes. Qui écrit les textes : l'entreprise, le studio ou un rédacteur. Qui fournit les photos et s'il faut une prise de vue. À quelle date tout cela arrive. Qui relit et valide. Qui mettra le site à jour une fois en ligne. Un studio qui lit ces réponses peut chiffrer juste. Un studio qui ne les trouve pas chiffre la rédaction à l'aveugle, ou ne la chiffre pas.
Faut-il choisir la technologie dans le cahier des charges ?
Le cahier des charges décrit le besoin. La technologie se choisit avec le prestataire. Les sources se contredisent sur ce point. France Num et l'agence Bility invitent l'entreprise à se prononcer sur l'outil, WordPress ou développement spécifique. La Fabrique du Net conseille au contraire de ne pas figer cet outil avant d'avoir décrit les besoins.
La norme française NF EN 16271, publiée par l'AFNOR en février 2013, tranche dans le second sens. Elle décrit le cahier des charges fonctionnel comme l'expression d'un besoin, dans une relation ouverte entre le client et le fournisseur. Le fournisseur cherche la meilleure réponse à ce besoin.
En pratique, « le site doit permettre à 2 personnes de l'équipe de publier une actualité sans aide » renseigne mieux qu'« un site sous WordPress ». La première phrase laisse le prestataire proposer l'outil adapté. La seconde décide à sa place, parfois contre le besoin réel. Une contrainte existante se dit, elle : un logiciel de gestion des clients déjà en place, un hébergeur sous contrat, un outil de paiement imposé.

Quelles obligations le cahier des charges doit-il prévoir ?
Le cahier des charges cite les obligations légales pour qu'elles figurent dans le devis. Les découvrir après la mise en ligne coûte plus cher.
Tout formulaire qui collecte des données personnelles relève du RGPD. La CNIL demande une information concise, compréhensible et facile d'accès, adaptée au support de collecte. Elle recommande de la donner par étapes complémentaires, par exemple une mention courte sous le formulaire et une page complète en lien.
L'accessibilité aux personnes en situation de handicap s'impose depuis le 28 juin 2025 aux services de commerce électronique, selon la DGCCRF. Les entreprises de moins de 10 salariés dont le chiffre d'affaires annuel est inférieur à 2 millions d'euros en sont exemptées. Un site vitrine sans vente en ligne n'est pas forcément concerné. Un site qui vend l'est, au-delà de ces seuils.
Comment rédiger le cahier des charges d'une refonte de site internet ?
Le cahier des charges d'une refonte part de l'existant : ce qui fonctionne, ce qui se garde et ce qui disparaît. Nielsen Norman Group conseille de lancer une refonte par un inventaire des contenus, puis un audit qui décide du sort de chaque page. Une page qui attire des visiteurs depuis Google ne se supprime pas à la légère.
3 points s'ajoutent au cahier des charges d'un site neuf. Les adresses des pages qui changent, avec leurs redirections, décrites dans l'article sur l'ordre entre refonte de site internet et refonte de marque. L'état des fichiers de la charte, souvent incomplet après plusieurs années. La raison de la refonte, écrite en une phrase.
Cette raison oriente tout le reste. Digidop range le changement de positionnement parmi les motifs d'une refonte de site. Dans ce cas, la marque passe avant le site. Un cahier des charges écrit sur un positionnement qui va changer décrit un site déjà dépassé. L'article Rebranding : ce qu'une PME doit trancher avant le premier croquis décrit ce qui se décide en premier.
À quoi ressemble une rubrique marque bien remplie ?
Une rubrique marque bien remplie tient sur une page. Voici un exemple pour une entreprise inventée pour l'occasion, une menuiserie de 12 personnes qui refait son site :
- Pourquoi le site change : l'entreprise se tourne vers les cuisines haut de gamme. Le site actuel montre surtout des escaliers.
- Ce que le site doit obtenir : 8 demandes de rendez-vous en atelier par mois, contre 3 aujourd'hui.
- Pour qui : des propriétaires de maison qui rénovent, à moins d'une heure de l'atelier.
- Ce que la marque promet : une cuisine dessinée et fabriquée dans le même atelier, par les mêmes personnes.
- Le ton : précis, simple, sans superlatifs. On montre le bois et les mains plutôt que de les décrire.
- Ce qui ne bouge pas : le nom, le logo de 2014, le vert foncé.
- Ce qui peut évoluer : les polices, la place des photos, le vert clair secondaire.
- Les fichiers disponibles : logo en vectoriel, code du vert foncé. Les polices d'origine sont perdues.
- Les contenus : textes écrits par le dirigeant et relus par le studio, livrés avant la maquette. Prise de vue de 6 chantiers à prévoir.
- Qui décide : le dirigeant, à chaque étape, avec la responsable commerciale pour les textes.
Aucune de ces lignes ne demande de connaître le web.
Ce qui n'est pas écrit dans le cahier des charges, le studio le devine.
Le travail de marque d'Exuno est présenté sur la page Marque. Ma messagerie est ouverte : WhatsApp.
Sources
France Num (DGE), « Bâtir le cahier des charges du site internet de son entreprise : les 10 points clés », Christine Burguin, publié le 20 mars 2026, mis à jour le 23 mars 2026 : https://www.francenum.gouv.fr/guides-et-conseils/developpement-commercial/site-web/batir-le-cahier-des-charges-du-site-internet
France Num (DGE), « Modèles de cahiers des charges pour un site internet d'entreprise », publié le 24 avril 2019, mis à jour le 7 mai 2026 : https://www.francenum.gouv.fr/guides-et-conseils/developpement-commercial/site-web/modeles-de-cahiers-des-charges-pour-un-site
Digidop, « Brief, cahier des charges et appel d'offres : cadrer sa refonte de site web et choisir la bonne agence », sans date : https://www.digidop.com/fr/blog/brief-cahier-des-charges-appel-doffres-cadrer-refonte-site-web-choisir-bonne-agence
La Fabrique du Net, « Modèle de Cahier des Charges pour la création d'un site internet », sans date : https://www.lafabriquedunet.fr/agences/tendances/exemple-cahier-des-charges-site-internet
Siècle Digital, « Les grandes étapes à suivre pour rédiger votre cahier des charges », Valentin Cimino, article partenaire sponsorisé par Kaliop, 29 septembre 2021 : https://siecledigital.fr/2021/09/29/comment-rediger-cahier-des-charges-refonte-plateforme-web/
HubSpot France, « Comment rédiger le cahier des charges d'un site internet ? », Justine Gavriloff : https://blog.hubspot.fr/website/cahier-des-charges-site-internet
Manager Go, « Exemple de cahier des charges pour votre site internet », Laurent Granger, mis à jour le 3 août 2023 : https://www.manager-go.com/marketing/dossiers-methodes/cahier-des-charges-web
Nielsen Norman Group, « Content Strategy 101 », Anna Kaley, 13 novembre 2022, en anglais : https://www.nngroup.com/articles/content-strategy/
Nielsen Norman Group, « Content Inventory and Auditing 101 », Anna Kaley, 27 septembre 2020, en anglais : https://www.nngroup.com/articles/content-audits/
AFNOR, norme NF EN 16271, « Management par la valeur, expression fonctionnelle du besoin et cahier des charges fonctionnel », février 2013 : https://www.boutique.afnor.org/fr-fr/norme/nf-en-16271/management-par-la-valeur-expression-fonctionnelle-du-besoin-et-cahier-des-charg/fa164075/1322
CNIL, « Conformité RGPD : comment informer les personnes et assurer la transparence ? », mis à jour le 26 juillet 2019 : https://www.cnil.fr/fr/conformite-rgpd-information-des-personnes-et-transparence
DGCCRF, « La nouvelle directive européenne « Accessibilité » : pour des produits et des services accessibles aux personnes en situation de handicap », 1er juillet 2025 : https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/les-fiches-pratiques/la-nouvelle-directive-europeenne-accessibilite-pour-des-produits-et-des-services-accessibles-aux-personnes-en-situation